Les 28 et 29 avril 2007 avaient lieu la première édition du Salon de la Revue du vin de France au palais Brongniart, place de la Bourse à Paris.

Pas de photos pour rompre la monotonie de ces notes de dégustations.

Ambiance générale.
Le site se voulait prestigieux. Il s'est révélé mal adapté aux dégustations. 

La chaleur extérieure était amplifiée sous la voute centrale (mesurée à 28°C le dimanche par un exposant) et un peu contenue dans les salles annexes où la climatisation donnait un semblant de fraicheur. Pour certains vignerons, cela fut difficile de maintenir les vins à bonne température malgré les bacs à glace. Et ces alternances de froid/chaud ont certainement cassé certains vins.

Le bruit reflétait bien l'ambiance qui devait régner autour de la corbeille au temps des anciennes fonctions de ce palais. Mais pour une dégustation... Un peu de concentration permettait de faire abstraction du bruit. Néanmoins cela fut franchement pénible de ne pas pouvoir parler avec les vignerons sans avoir à hausser le ton.

Ce mur de bruit entre les dégustateurs et les vignerons était rendu plus épais par la largeur des tables de dégustation. Franchement pénible aussi de devoir se plier pour parler avec son interlocuteur de l'autre côté de la table. Et certainement fatiguant pour lui de devoir servir à bout de bras les verres à longueur de journée.

Les points positifs: le verre Mikasa mis à disposition. Pour la robe du vin, je pense qu'elle se regarde de haut à la verticale. Pour peu que le verre soit correctement rempli, le point de vue est intéressant. Par contre, certains vignerons (ou représentants commerciaux ?) de Saint Émilion Grand Cru avaient tendance à mettre seulement une larme de leur précieux élixir dans le verre. Difficile à mettre en bouche pour ceux qui ont un grand nez. Positif aussi, les crachoirs. Des sacs poubelles au sol remplis de sciure de bois. Pas d'odeurs parasites ni d'éclaboussure. Enfin, le carnet de dégustation spiralé remis à l'entrée, vraiment pratique.

Samedi 27 avril, consacré à la Loire et la Bourgogne.
Je ne relate que les vins qui m'ont particulièrement plus à chaque table, en omettant les domaines qui ne m'ont pas convaincu. Dans l'ordre de dégustation des domaines. Les rouge ont tous été dégustés après les blancs. Mais j'ai gardé avant tout l'ordre des domaines dans cette liste.

Domaine des Baumard - Clos des Papillons - Savennières - 2003
Le sous-sol de schiste a permis de conserver de la minéralité à ce 2003.
Domaine des Baumard - Vert de l'Or - Vin de table

Par homonymie avec son cépage Verdelho (cépage portugais, utilisé aussi en vin de table en Australie). Bizarrement, je lui trouve des accents de Furmint sec dégustés à Tokay. Un bug dans ma mémoire ?
Les Baumard sur la passionduvin.com

Château de Chamirey - PC la Mission (monopole) - Mercurey - 2004
Première rencontre avec Amaury Devillard. Des allures de Bret Sinclair dans The Persuaders. Un talent pour vous donner l'impression que vous le connaissez depuis longtemps.
Ce Monopole est le plus séducteur des blancs dégustés (mais j'ai un faible pour les blancs 2004 en côtes chalonnaise)
Chamirey sur Lapassionduvin.com

Domaine des Perdrix - PC Aux Perdrix - Nuits Saint George - 2004
Je suis revenu déguster leurs rouges. Je venais d'acheter en novembre leur PC Aux Perdrix 2003 sur sa réputation. Le 2004 aujourd'hui un peu fermé au nez mais il se rattrape en bouche et fait durer la finale sur un beau fruit.
Les Perdrix sur Lapassionduvin.com

Château de Meursault - Meursault Village - 2004
Je préfère généralement les Puligny aux Meursault. Je n'ai vraiment trouvé que ce vin à mon goût, bien qu'encore marqué par le fût neuf.

Domaine Vincent Dureuil-Janthial - PC Meix Cadot - Rully 2005
Je commence à bien connaitre les vins de ce domaine (cf ce message du blog). Juste une escale en terre connue. Par rapport à ma précédente dégustation avant sa mise en bouteille, je le trouve aujourd'hui plus équilibré. Là encore pour cette nouvelle cuvée, je retrouve la patte du domaine avec des vins de plaisir dès leur commercialisation.
Domaine Vincent Dureuil-Janthial - Rully - 2005

Mes premières dégustations des rouge 2005 en côtes chalonnaise m'avaient un peu décontenancé de part la présence des tanins qui les rendent austères dans ce millésime porté aux nues. Vincent Dureuil-Janthial se distingue là par la facilité de ses vins rouges dès leur jeunesse. Pour qui aime le fruit du pinot noir, ses vins sont un régal.

Chanson père et fils - PC Les Caradeux - Pernand-Vergelesses - 2005
Découvertes autour de Beaune. Sur ce bout de colline consacré aux blancs. Un nez particulier, végétal.  Une belle tension acide en bouche tenue jusqu'à la finale. Un vin désaltérant.
Chanson père et fils - PC La Dominode - Savigny lès Beaune - 2005

Se rapproche des Savigny 2003 goutés chez leurs voisins: autant de plaisir au nez et en bouche mais une finale plus tannique qui pourrait laisser présager d'un vieillissement plus serein.
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Maison Champy - GC - Corton-Charlemagne - 2004
Les vins de ce domaine étaient présentés par leur œnologue Dimitri Bazas. De l'aveu de Vincent Dureuil-Janthial, rencontrer ce personnage valait autant que la dégustation. C'est vrai  qu'il présentait des vins pour appuyer sa démonstration de l'effet du terroir en Bourgogne. Aussi bien sur le caractère du vin mais sur son potentiel à évoluer. Un Grand Cru donc. Sur la jeunesse avec le bois encore très présent au nez. Il ne faut pas être un expert pour comprendre que cette complexité en bouche et sa longue tenue donneront plus de plaisir à sa dégustation dans quelques années.
Maison Champy - PC Champs Pimont - Beaune - 2002

J'avais déjà gouté des beaune rouge chez Rodolphe Demougeot. Je ne fus donc pas surpris de voir du pinot sur cette terre que j'aurais pu croire consacrée au chardonnay. Les Pommards ne sont pas loin et pourtant le style est si différent. Les tanins sont un peu marqués mais il y a beaucoup de fruit. Il commence en bouche (cerise ?) et murit sur la langue. Un vin de plaisir.
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Domaine Daniel Largeot - Les Beaumonts - Chorey lès Beaune - 2004
Je rencontrais la fille Marie-France après avoir été accueilli au domaine par la mère. Pour la photo des Beaumonts, voir le message de ce blog. Vin d'une facture classique bourguignonne qui ne surjoue pas le fruité du pinot. Un vin de repas.

Domaine Parigot Père et fils - Les Riottes - Pommard - 2005
Petite incursion à l'étage du palais Brongniart à l'espace découverte du salon en marge du caravansérail des distingués de la RVF. Découverte des vins l'Alexandre Parigot au travers de cette appellation dont j'aime bien la lourdeur des vins. Cela se retrouve au nez de ce vin. La matière prend le pas sur les tanins et il reste de la fraicheur en finale.
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Domaine Heresztyn - Vieilles Vignes - Gevrey Chambertin - 2005
Intrigué par ce nom aux consonances si peu bourguignonnes,  je découvrais la famille et ses vins en compagnie de la mère Chantal Heresztyn. Les 2004 m'ont paru d'un abord plus difficiles et je retiendrai donc ce vin le plus charmeur aujourd'hui. Un nez ouvert déjà séducteur, une belle bouche gourmande, des tanins soyeux et une belle longueur.
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Domaine Doudet-Naudin - GC - Corton Maréchaudes - 2002
Pour finir avec les bourgognes, je verse dans l'exotisme: "Corton Maréchaudes". Il faut bien la connaitre la carte des appellations de bourgogne pour situer celle-là. Sur un millésime un peu moins jeune que les vins dégustés jusqu'à là. L'archétype de la finesse en bourgogne ? Moins de fruit, déjà un penchant vers l'animal. Flatteur dans la discrétion. un très joli vin.

Dimanche 29 avril, consacré à Bordeaux et aux Costières de Nîmes/Languedoc.
Le samedi soir avait été bien arrosé de vins d'Espagne à la Loire en passant par la vallée du Rhône, autour d'un BBQ. Dimanche ne m'a pas trouvé dans un état propice à la dégustation. De plus, je passais la journée à boire de l'eau sucré pour faire les réserves en vue d'un marathon à courir deux jours plus tard. J'abordais donc les grands boulevards des vins de Bordeaux et du Sud pour cette deuxième partie de mon marathon oenophilique ... avec un palais émoussé.

Château Fleur Haut Gaussens - Bordeaux Supérieur - 2005
Rencontre avec Hervé Lhuillier, le propriétaire particulièrement ambitieux de ce bordeaux que je connaissais pour l'acheter en Foire aux Vins de septembre. Ambitieux dans ses investissements en viticulture et en vinification pour proposer le meilleur rapport qualité/prix à ses clients dans une appellation qui n'en demande pas tant. Cette cuvée est proposée sous deux étiquettes: celle-ci en grande distribution et "Élégance" en vente directe. Les terres sont à l'ouest du Libournais. J'avais beaucoup apprécié le 2003 que j'ai en cave. Ce 2005 est dans la même veine. C'est moderne et cela me fait penser aux vins de plaisir que je peux boire en Amérique du Sud pour 6€.
Fleur Haut Gaussens sur Lapassionduvin.com

Château Petit Boyer - Blaye - 2002
J'ai trouvé dans les premières côtes de Blaye un réservoir de vins bordelais de bon rapport Qualité/Prix. C'est donc avec intérêt que j'étends ma connaissance de ces vignerons. Des vins de Jean-Vincent Bideau, je retiendrai ce Blaye (vin de prestige de l'appellation) pour son originalité. Il a des accents de Cahors ou de vins que j'ai pu boire à Mendoza. Et pour cause, il comprend 20% de Malbec cépage cultivé dans ces deux régions. Le fût neuf très présent nivèle aussi le terroir et fait ressortir la ressemblance avec les Cahors prestige et les vins boisés d'Argentine.
Petit Boyer sur Lapassionduvin.com

Château La Branne - Médoc - 2005
Je franchis la Garonne et passe à la table d'à côté pour déguster les Médoc. Accueil très charmant de Fabienne Videau. Cela fera bientôt 10 ans qu'ils ont quitté la coopérative pour faire et mettre leur vin en bouteille. Le nez est encore sur le bois. Le fruit vient en bouche sur la fin et il est très gourmand.

Château la Roche Pressac - Côtes de Castillon - 2004
Retour sur le Libournais avec Chrystelle Lirand. Beaucoup de nouveaux installés dans cette appellation en concurrence avec leurs grands voisins de Saint Émilion qui lorgnent de ce côté et les vignerons traditionnels de l'appellation. Ça bouge, ça bouillonne, ça bataille autour de Castillon. 2004 n'a pas été ici un millésime facile et la tendance des vignerons de la région à tirer leur gamme vers le haut par un boisé démonstratif complique l'appréciation. Heureusement les vins de 2003 et 2005 sont là pour permettre d'attendre le 2004.

Terra Burdigala - La Violette - Côtes de Castillon - 2004
Vin du Château Manoir de Gravoux cornaqué par Stéphane Derenoncourt et François Thienpont, présenté par Bernadette Thienpont. Production d'une parcelle de 2ha livrée auparavant par le propriétaire à la coopérative, les deux compères de la terre bordelaise produise un vin dans un style personnel. Je n'aime pas trop ce genre d'attaque sur des accents terreux mais la finale est plus séduisante. Le 2005 est plus ouvert et parait plus équilibré.
La violette sur Lapssionduvin.com

Les domaines de Saint Émilion Grand Cru étaient sur représentés à ce salon. Ne connaissant pas ce registre de vins, j'en ai profité pour un petit tour d'horizon.

Château Fleur Cardinale - Saint Émilion Grand Cru - 2003
Fort contraste entre le 2003 et le 2004, au profit du 2003 à mon gout. Ils ont joué là sur la finesse avec des arômes déjà évolués/animal mais une extraction et un élevage sous bois plus doux. Le vin peut leur être reconnaissant de cette délicatesse. Un 2003 atypique.
La Fleur Cardinale sur Lapassionduvin.com

Château Fombrauge - Saint Émilion Grand Cru - 2004
Chez Bernard Magrez, on retrouve aussi un 2004 en SÉGC marqué par la torréfaction. Est-ce une marque de l'appellation ? Cependant le bois n'agresse pas au nez et permet d'apprécier le fruit en bouche, qui finit sur une fin très agréable.
Fombrauge sur Lapassionduvin.com

Château Faugères - Saint Émilion Grand Cru - 2004
Chez Alain Dourthe, toujours cette marque de torréfaction, plus présente (gênante ?) en finale. Le fruit est là aussi légèrement cuit.
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Château Destieux - Saint Émilion Grand Cru - 1998
L'occasion de gouter un vin moins jeune, le 2004 de Christian Dauriac étant certainement le moins à son avantage aujourd'hui. Couleur encore fraiche. Nez commence à évoluer sur le gibier. Finale encore marquée par les tanins.
Destieux sur Lapassionduvin.com

Château Pavie Macquin - Saint Émilion Grand Cru - 1999
Dans la famille Thienpont, c'est aux vins de Nicolas que nous avons affaire. L'âge semble vite donner des accents animaux aux merlot de Saint Émilion.
Pavie Macquin sur Lapassionduvin.com

Je sors un peu déçu de ce tour d'une appellation Saint Émilion Grand Cru auparavant prestigieuse à mes yeux. Le courant n'est pas passé entre ces vins et ceux qui les présentent. Pour les uns, ils sont rarement plaisant dans leur jeunesse et je n'aime pas leur tournure après quelques années de bouteille. Pour les autres, j'avais en face de moi des vendeurs de vins qui masquaient leur coeur derrière l'étiquette prestigieuse de leur vin (la comparaison était cinglante avec les couples propriétaires dans des appellations moins renommées qui parlent de leur vin comme de leurs enfants).

Pour me réchauffer, je partais au sud explorer les Costières de Nîmes.

Château de L'Amarine - cuvée de Bernis - Costières de Nîmes - 2004
Le jeune Franck Dalle présentait les vins de sa famille. Ce vin mi Syrah mi Grenache a plus de corps que les Syrah pures. Et la finale laisse une bonne impression.

Domaine Scamandre - Renouard - Costières de Nîmes - 2004Jeune domaine de néo-vignerons, l'émotion de la présentation des premiers millésimes était palpable. Leur pari est de faire la promotion de la région au travers des vins que peuvent produire ses terroirs à l'aide des techniques contemporaines de viticulture/vinification. Même si j'ai été flatté de reconnaitre à l'aveugle le vieux carignan de leur cuvée Grande Réserve, cela reste une cuvée confidentielle. Cette cuvée Renouard, servie par Nadine ...Renouard elle-même, à dominante Syrah me plait par son évolution en bouche. Elle commence discrètement au nez avec des accents de Syrah nordique et monte en puissance pour finir sur une belle finale fruité.
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Domaine de Babio - Syrius - Minervois - 2004
Encore un jeune domaine et encore un vin à dominante Syrah sur le millésime 2004. Le vin est gourmand avec une finale agréable sur le cassis compoté.

Domaine d'Anglès - Coteaux du Languedoc La Clape - 2004
Toujours un 2004 à dominante Syrah. Le nez est là très fermé (la proximité de la mer ?). La bouche est bien formée et met en valeur un joli corps.


Domaine de Familongue
- cuvée 3 naissances - Coteaux du Languedoc - 2004
Ici le Mourvédre vient disputer à la Syrah la dominance. Le nez est aussi fermé et le dégustateur fatigué. Est-ce la fermentation directement en barrique qui rend les tanins si présents ? heureusement ils laissent la part belle au fruit sur la rétronasale.

Domaine Mas de Martin - Cinarca - Coteaux du Langudoc - 2005
Christian Mocci est le vigneron de ce salon que je connais depuis le plus longtemps. Je lui ai donc réservé ma dernière visite, même si je savais que la fatigue de cette fin de journée de dégustation ne rendrait pas honneur à ses vins. La Syrah encore dominante dans cette cuvée semble la plus apte à réveiller mes papilles avec des notes de fruits frais.
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