Je m’étais inscrit comme juré pour les cinq cessions du concours des vins des Vignerons Indépendants sans faire attention que cela tombait en même temps que leur salon parisien Porte de Champerret.

Le concours des VI est organisé à l’autre bout de Paris soit à 90 minutes de trajet en transport en commun. Une série de dégustation durant moins d’une heure, il vaut mieux avoir deux séries par cession pour justifier le déplacement.
L’évolution marquante constatée cette année est l’absence de professionnels du vin parmi les jury auxquels j’ai participés. Sans doute que les organisateurs veulent valoriser au mieux leurs investissements dans les formations à la dégustation proposées gratuitement aux particuliers pour augmenter leur réserve de jurés potentiels. L’inconvénient des jurés bénévoles est la motivation parfois défaillante (30% de jurés absents le vendredi matin) et la faible représentativité avec seulement trois amateurs par jury. Pour animer des séances de dégustation de 6 à 20 personnes et faire les analyses statistiques des notations, je pense que les organisateurs tolèrent une marge d’erreur dans l’attribution des médailles.

Changement d’organisation ou galons dus à mes précédentes participations à ce concours, je suis cette année “Juré de réserve”. Sans table attribuée a priori à chaque cession, je comble les tables où il n’y a pas trois jurés déjà assis.

Cession 1 – série 1: Côtes de Provence rosé 2012.
Arrivé en retard, je complète une table de deux jurées. Des amatrices de rosé. Tant mieux parce-que je dois boire un ou deux bouteilles de rosé par an, dont au moins une est du Tavel. 12 bouteilles à gouter. Le commissaire divisionnaire trouve que nous allons trop lentement et nous supprime la deuxième série de la cession. Nous prenons donc notre temps. Les débats sont en fait très courts: nous sommes deux jurés à avoir le même trio de tête. Et hop trois médailles d’or parce-que trois styles différents (un joue sur la couleur girly et la fraicheur en bouche, l’autre sur le registre bonbon ultra classique et le dernier sur une belle tension saline). Nous rescapons un quatrième en bronze pour l’intérêt de la démarche: nez complexe mais austère en bouche avec une amertume marquée, nous l’interprétons comme un rosé de repas.

Cession 2 – série 1: Côtes du Rhône et Lubéron blanc 2012
Trois gars pour des vins un peu plus costauds. Très vite, je regrette qu’il n’y ait pas ici de pré-sélection comme au Concours Général Agricole. Je note certains vins en-dessous de la moyenne, ce qui est exceptionnel dans mon échelle de notation. Les deux vins que je préfère n’auront pas de médailles: ce que je pense être une Roussanne avec des notes caractéristiques de miel mais un élevage en barrique qui ne plait pas à mes collègues et un viognier caricatural comme le sont beaucoup à mes papilles mais avec une droiture en bouche qui le rattrape. Le jury préfèrera mettre en avant des vins plus marqués par l’acidité (je dirais plutôt soit des gros rendement soit une récolte précoce) qui apporte une fraicheur. Les différences ont trop tenues entre mes choix et les vins finalement retenus pour que je sois frustré des médailles décernées. J’aurais surtout appris qu’il ne faut surtout pas acheter de blanc du Rhône 2012 sans gouter.

Cession 2 – série 2: Côtes du Rhône rouge 2012
12 bouteilles à départager. Moins de ratés qu’en blanc. La mise en bouteille récente se sent, avec des arômes de réduction, encore pas mal de perlant. Et quelques Bret… Un manque d’équilibre certain dans ces entrée de gamme: l’alcool brule. Les 3 médaillés seront dans mon quatuor de tête mais nous sommes d'accord pour ne pas donner d’or et n’acheter aucun des vins médaillés.

Cession 3 – série 1: Roussette de Savoie et Marestel 2012
Oh joie! Après le CGA le mois dernier où j’ai pu juger les Mondeuses, me voici à juger les Altesse et en plus celles de Marestel. Les deux autres jeunes membres du jury ne connaissant pas les vins de Savoie, je prends cette fois la présidence. Avant la dégustation, je décris consciencieusement la différence entre l’Altesse et le Jacquère, et insiste sur la situation du coteau de Marestel en essayant de décrire la situation de Jongieux. 6 bouteilles d’Altesse dont deux 2011. J’aurais attribué aux 2011 les deux médailles autorisées mais par équité nous sacrifions un 2011 pour mettre en avant un 2012. Malheureusement loin d’être le meilleur 2012 à mon gout, dilué et sur la verdeur qu’un béotien irait chercher sur un Jacquère. Plus facile sur les trois Marestel, une ressort clairement du lot avec les notes exotiques caractéristiques. Le millésime n’étant pas spécifié, je crains que nous privilégions là encore un 2011.

Cession 3 – série 2: Brouilly 2012
12 beaujolais du cru Brouilly. Ce n’est pas celui que je connais le mieux. Mais je suis connu dans les clubs de dégustation que je fréquente pour être un des rares défenseurs des Crus du Beaujolais et du gamay. Cette dégustation est pour moi une catastrophe: après avoir gouté tous les vins, je me dis que l’année a dû être terrible pour les vignerons du Beaujolais. Tous les vins sont marqués par la verdeur comme si les feuilles et les rafles avaient macéré avec les baies. On m’aurait donné à boire ces vins, je les aurais recrachés ! Je ne connais pas assez les techniques oenologique pour comprendre comment ces vins peuvent être d’une couleur aussi rouge foncé pour un gamay et avoir un gout aussi vert. Heureusement mes jeunes comparses sont moins fatigués que moi et trouvent certains vins à leur gout. Je les laisse décerner les médailles sans exprimer mes réticences. 

Cession 4 – série 1: Puissanguin et Saint Emilion 2011
Nouveau jury. Un papy tout content de gouter les Saint Emilion parce-qu’il achète son vin à un vigneron de la région depuis plus de 20 ans. Il les choisit bien râpeux parce-que c’est un gage de conservation pour lui qui ne boit pas ses vins avant 10 ans de cave. Un jeune qui vient au concours mettre en valeur les formations des Vignerons Indépendants et qui se révèlera en plus doué, avec un talent certain pour détecter la qualité des élevages en fût. Ma dégustation récente de plusieurs dizaines de Saint Emilion Grand Cru Classé 2010 me fait prendre assez d’assurance pour me proposer comme président, surtout que se confirmera ce que le tour de table esquisse: des membres de jury avec un vécu et des gouts différents.
Quatre Puissanguin. Le premier se détache assez facilement après avoir convaincu notre papy d’abandonner son favori que nous trouvions marqué par un élevage caricatural en fût trop grillé et que notre amateur de vieux Saint Emilion adorait justement parce-qu’il ne trouvait pas de fût dans ce vin.
Sept Saint Emilion. Pas vraiment de différence par rapport au Puissanguin. Beaucoup d’ex aequo dans ma notation me permettent d’être flexible sur le classement final. Notre papy montre de nouveau des gouts orthogonaux par rapport aux nôtres. Nous passons plus de temps à le convaincre que son favori, encore une fois sur un élevage caricatural penchant même sur la douceur de la noix de coco cette fois, ne pourra pas être médaillé. La médaille d’or est vite attribuée. Ce n’est pas mon favori, les accents forestiers typiques du Merlot un peu vieux étant déjà perceptibles et un manque de tenue en bouche ne le promettant pas à un long avenir, mais pour un Saint Emilion à boire dans les 5 ans, il ferait un beua représentant en école de dégustation. L’argent est plus disputé entre deux bouteilles aux styles différents: la douceur de l’élevage contre la vinosité d’un vin plein. Nous laissons le choix au papy qui nous choisi le plus arrondi par le boisé parce-qu’il retrouve l’absence de bois qu’il aime tant !