DSC_0686Depuis quelques années que nous achetons à ce domaine, notre progression dans la liste des cuvées allouées a été lente. Depuis l’anecdote des premières bouteilles achetées pour tester au caviste Grand Bourgognes qui partage presque le même parking que la nouvelle cuverie du domaine dans la zone commerciale de Brochon, aux échanges d’emails avec Catherine, la responsable clientèle du domaine, pour avoir des villages puis quelques bouteilles de Premier Cru.
A noter que c’est vraiment de l’entêtement de vouloir acheter directement au domaine: les cuvées sont volontairement proposées au même tarif chez Grand Bourgogne. Mais j’ai toujours trouvé dommage de faire le trajet en voiture de Paris en Bourgogne pour aller chercher des bouteilles sans rencontrer le vigneron et échanger quelques mots avec lui.

Comme cela me chagrinait suffisamment de n’avoir pas encore pu rencontrer Bernard Bouvier, que je m’en suis ouvert lors d’une de nos conversations avec Vincent Dureuil-Janthial, qui après une décade à passer au domaine commencent à être moins formelles. Bref, Vincent connait bien Bernard et il a pu intercéder en ma faveur pour que puisse passer au domaine Bouvier pour une dégustation.

Ce vendredi matin, rendez-vous était pris, un peu plus tôt que prévu pour me permettre une nuit complète de sommeil avant de prendre la route mais nécessaire pour faire la dégustation avec un restaurateur Suédois (Jonas Marting de Sjömagasinet) et ses clients/amis, au gout pour le Pinot tout à fait honorable à la lecture de la carte des vins du restaurant et de la proportion dominante des Bourgogne sur les Bordeaux.
Je trouvais donc un Bernard Bouvier un peu anxieux par la visite de ces vikings et par ses lacunes en anglais qui n’aident pas à faire passer la complexité des terroirs des Côtes de Nuits. Malheureusement, mon anglais n’étant pas franchement meilleur, je n’ai pas été d’un grand secours pour la traduction. Mais je suis sûr que là encore les vins parlent d’eux-même, surtout à en juger par nos conversations autour de quels vins nous donneraient le plus de plaisir plutôt que comparer les expositions ou les sols des différentes cuvées.

Dégustation de presque tous les 2011 du domaine plus quelques millésimes un peu moins jeunes.
Dans l’ordre de la dégustation. Les informations techniques ont issues des fiches fournies par le domaine, richement renseignées, en particulier avec les analyses pédo-géologiques de Françoise Vannier-Petit.

Marsannay blanc, “Le Clos” monopole 2011
Nez frais, un peu de fût. Bouche riche, des touches d’agrumes, plus amertume qu’acidité.

Bourgogne “Le Chapitre” 1011
Assemblage de plusieurs Villages de Marsannay et Gevrey-Chambertin, élevage long de 16 mois dont 10 mois en fût. Nez sur le fût. Jolie cerise en bouche. Un peu de piquant en bouche amène la fraicheur. Franc. Bien.

Marsannay “La Morisotte “2011
(lieu-dit qui pourrait faire référence à la femme de  Morizot, propriétaire vraisemblable de la parcelle) Sous-sol de calcaire à Entroques. Sans fût neuf. Plus de couleur. Un peu de verdeur puis fumé. Grillé en finale. Pas de sècheresse grâce à une fraicheur mentholée.

Marsannay “En Ouzeloy” 2011
(Fait référence à u lieu planté d’osiers, une oseraie) Sur terroir qualitatif de la combe Nord-Ouest (sol plus léger de petits cailloux du cône de déjection). 30% de fûts neufs. Gourmand et ouvert, plus de structure. Rondeur du fût en finale (un peu caramel). Toujours ce caractère piquant mentholée en finale qui apporte de la fraicheur.

Marsannay “Champs Salomon” 2011
(Sans doute le champs d’un Salomon de l’époque) A cheval sur deux terroirs: hauteur Ouest sur calcaire à Entroques et partie basse Est sur les marnes à huitres. 30% de fûts neufs. nez en retrait. Plus épicé. Structure sur un peu de verdeur.

Marsannay “Longeroies” 2011
(Ancienne terres cultivées: Longe/longue et Rica/raie laissée par la charrue = terre facile à cultiver où la charrue laisse un long sillon) Trois entités géologiques: les pierres claires sur un sol peu profond des Calcaire de Prémeaux et de Comblanchien sur les hauteurs Ouest, les marnes lourdes en partie médiane et les cailloutis drainant les limons de l’ancien lit de l’Ouche en bas à l’Est. Nez plus complexe, plus de matière. Bouche moins large. La tension contient la matière et laisse durer la finale, sur des notes grillées. Toujours pas de sècheresse. Le style de Bernard Bouvier commence à se dessiner.

Marsannay “Clos du Roy” 2011
(D’abord Clos des Ducs de Bourgogne, puis Clos du Roy à la faveur des changements politiques, cette parcelle reste la plus réputée du village depuis que ses vins sont servis sur la table des rois Louis XIV et XVI) Trois entités géologiques: Le calcaire de Comblanchien qui porte les bois au-dessus de la parcelle se sont fragmentés avec l’érosion glaciaire pour former des éboulis très drainants appelées localement grèzes litées. La partie la plus basse à l’Est est composée de marnes et de cailloutis de l’ancien lit de l’Ouche. Joli. Plus raffiné. Finale plus soyeuse. Beau potentiel.

Fixin “Crais de Chêne” 2011
(Crais évoque la nature pierreuse du sol) Deux entités géologiques: majoritairement cailloutis mêlés d’argile du cône alluvial de la combe Nord. Et le Nord-Ouest sur des marnes lourdes. Nez sur une tendance plus animale. Plus de gourmandise en bouche. Des épices. La finale est plus vive avec des touches mentholées.

Gevrey-Chambertin “La Justice” 2011
(Le lieu-dit où devait se dérouler les exécutions judiciaires) Terroir de cône alluvial de la Combe Lavaut: cailloutis mêlés d’argile. Demande du temps et d’agitation du verre pour se livrer. Plus sérieux. Les tannins sont contenus.

Gevrey Chambertin “Les Jeunes Rois” 2011
(Rois = rica/raies de charrue. Terres labourées, mises en culture plus récemment que ses voisines) Trois unités géologiques: sols assez épais avec des marnes sableuses. Un peu de Calcaire du Comblanchien à l’Est et une touche de cailloutis du cône alluvial au nord-est. Nez en retrait sur la réduction. Un peu de café. Retour de la fraicheur mentholée, tanins plus fins. Belle finale sur la fraicheur.

Gevrey-Chambertin “Racines du Temps” 2011
Très vieilles vignes sur les lieux-dits “Les Créots” très calcaire (Comblanchien) avec une pointe de cailloutis argileux du cône alluvial et “Pince-Vin”, marneux. Bel équilibre entre puissance et tension. Finale déjà en place sans fraicheur excessive. Laisse une impression.

Vosne-Romanée “Les Croix Blanches” 2011
Sur le fruit. Douceur presque rondeur. Finale sans tannins rugueux, presque anisé. Moins à mon gout.

Chambolle-Musigny Premier Cru Les Fuées 2011
Presque sur la roche. Tendu, presque serré. Mais tannins dominés par des petits fruits croquants. Bien.

Gevrey-Chambertin Premier Cru Les Fontenys 2011
Nez pétrole (presque gasoil !) sur le réduction. Mais séduisant en bouche. Retour du fruit en finale. Toujours pas de sècheresse.

Echezeaux Grand Cru 2011
Bouche fumée et très fraiche. Assez large, plus de puissance en bouche qu’en finale.

Charmes-Chambertin Grand Cru 2011
Sur Maizières-Chambertin. Sous-sol calcaire: partie haute à l’Ouest sur les Calcaire à Entroques, partie basse à l’Est sur le Calcaire du Comblanchien; au sud, les cailloutis argileux du cône alluvial recouvrent les calcaires. Puissance et soyeux: très velours. Aucune sècheresse.

Quelques vins moins jeunes

Gevrey-Chambertin “Racines du Temps” 2007
Un poil de début d’évolution. Toujours sur la tension et la fraicheur.

Gevrey-Chambertin “Racines du Temps” 2010
Première année avec éraflage partiel. Sur la réserve, de la sève. Pas de sècheresse.

Gevrey-Chambertin Premier Cru Les Fontenys 2011
Plus de densité. Toujours très soyeux. Encore serré. Belle matière.

Charmes-Chambertin Grand Cru 2011
Nez un peu fût. Complexité au nez sur les arômes mûrs. Très rond et piquant à la fois: grosse fraicheur. Impressionnant de puissance.